Big Bill Morganfield

C’est le rêve de nombreux pères de voir leurs propres fils leur emboîter le pas. McKinley Morganfield, plus connu sous le nom de Muddy Waters, n’arrêtait pas de se lamenter sur le fait que les jeunes gens noirs ne semblaient pas intéressés par sa musique. S’il était vivant aujourd’hui, à coup sûr il serait très fier de son fils, Big Bill Morganfield. En effet, possédant bien plus qu¹un simple pédigré musical, Bill possède la voix, le talent, l’art de la composition et la présence scénique pour devenir à son tour un artiste majeur.

Un véritable déluge de louanges a suivi la sortie en 1999 du premier album de Bill, " Rising Son ". Du Billboard au magazine People en passant par les émissions du week-end des radios publiques nationales, les critiques du pays furent particulièrement promptes à stigmatiser l’émergence de cet impressionnant nouveau talent. Le magazine Guitar Player résumant cela en déclarant " Big Bill est un chanteur/compositeur qui, à n¹en pas douter, ferait sourire d’aise Muddy ". Pour sa part, le New York Post vantait les mérites de " Rising Son " en disant, " ceci est l’un des premiers albums les plus impressionnants depuis de nombreuses années ". Tandis que le Boston Herald annonçait carrément, " Morganfield apporte dans sa besace un maximum d’originalité, qu’il s’agisse de la grande qualité d¹ensemble de ses propres compositions, de son style de guitare brut mais terriblement efficace ou de la façon presque tranquille dont il élève son art à un niveau rarement atteint ". Mais peut-être que le plus marquant de tous les hommages est venu du WC Handy Awards que Bill a gagné en 2000 dans la catégorie " Meilleur nouvel artiste ". L’équivalent pour le blues de ce que sont par ailleurs les Grammy Awards.

Bill est retourné récemment à Chicago pour réaliser son second album en compagnie d¹un invité particulier du nom de Taj Mahal et du producteur Dick Shuman. " Ramblin’ Mind " met en vedette la profonde voix de baryton si particulière de Bill et son jeu de slide scintillant sur une large variété de morceaux, parmi lesquels dix titres originaux. " Travailler à Bill fut un vrai rêve. Il possède un mélange rare de talent, d’attachement aux racines et d¹hérédité " dit Shuman. " Au cours des séances d¹enregistrement, nous sommes allés bien au-delà de ce que nous espérions ". L’un des temps forts de cet enregistrement fut de voir Big Bill faire équipe avec Taj Mahal et Billy Branch, le maître de l’harmonica, sur deux morceaux : " Strong Man Holler ", un titre original composé spécialement par Taj Mahal pour l’occasion et " You Gonna Miss Me ", une chanson enregistrée une première fois par le père de Bill. Les deux compères ont façonné une impressionnante alchimie vocale et de guitare sur ces deux titres. Comme le remarque d¹ailleurs Bill : " Taj a la parfaite maîtrise de tout un tas de styles. Il est ainsi capable de se plonger avec une facilité déconcertante dans une ambiance Delta, qui se trouve par ailleurs être mon type de blues préféré. Bien évidemment, " Strong Man Holler " est une chanson véritablement magique. Du genre à vous mettre le grappin dessus et à ne plus vous lâcher ".

Né à Chicago en 1956, Bill Morganfield fut élevé par sa grand-mère en Floride du Sud et il habite maintenant dans la région d’Atlanta. L¹héritage de son père est le véritable outil de son art. D’ailleurs, Big Bill possède toujours les amplis de tournée de son père ainsi que les guitares sur lesquelles il composa certaines de ses premières ¦uvres. Plus important encore, Bill porte en lui l’esprit de Muddy et l’amour du blues, affirmant aussi se sentir en liaison spirituelle avec son père quand il est sur scène.

" Mon père avait la réputation d’être une personne très digne, d’être un homme très fier. Il nous a tous donné une certaine forme de force intérieure afin de nous exprimer et de suivre notre destinée ". Par contre, l¹influence musicale de son père ne s¹est formalisée que sur le tard. " Chaque fois que j’avais l’occasion d’entendre ce qu’il faisait, cela me touchait profondément ". Mais ce n’est que bien des années plus tard que Bill a commencé à caresser l’idée de devenir un musicien professionnel. Ainsi, ce n’est qu’après la mort de son père, en 1983, que Bill a décidé d’explorer les arcanes de son héritage musical. " Papa avait toujours souhaité que l’un de ses enfants emboîte ses pas et joue de la musique " dit Bill. " Quelques années après sa mort, je me suis acheté une guitare et j’ai commencé à jouer un peu. Je me disais alors que l’idée était d¹enregistrer un disque en son hommage, mais il s’écoula de nombreuses années avant qu’une opportunité de faire quelque chose se présente. Mais tout est vraiment parti de là. Je me suis en quelque sorte cloîtré durant près de six ans et j’ai appris seul à jouer de la guitare ".

Il devint accro à la scène après s’être produit avec Lonnie Mack à la Center Stage d’Atlanta devant une foule d¹un millier de personnes. " J’ai chanté et joué et tous les gens sont devenus complètement dingues. Je sautais dans tous les sens comme un vrai pois sauteur. C’est là que j’ai réalisé que j’adorais cela et que j’avais un feeling particulier pour cet exercice ".

Il commença par former un groupe de blues contemporain, mais le projet ne dura que trois mois. Il n¹aimait pas le son de la musique jouée donc " je me suis attaché à jouer une musique beaucoup plus ambitieuse ". Il s’enferma dans sa chambre afin de consacrer toute son énergie à améliorer son jeu de guitare et à aiguiser un talent pour l’heure abrupt, bien que très prometteur. En même temps, il obtint une licence d¹anglais à la Tuskegee University and Communications de l’université d’Auburn, ce qui lui permit de vivre de son salaire d’instituteur, tout en jouant par ailleurs du blues traditionnel. Il passa d’innombrables heures à étudier méthodiquement, à décortiquer et à reconstruire des chansons. S’immergeant complètement dans ce travail, Bill apprit ainsi l¹art de composer des chansons.

Discographie