Magic Slim

« Raising the bar » célèbre 20 ans de collaboration entre Magic Slim et son producteur : Blind Pig Records (que Dixiefrog représente souvent en Europe). Pour ce nouvel album, Magic Slim a choisi d’enregistrer ses titres favoris, ceux qu’il joue en scène régulièrement, ainsi que ses meilleurs nouveaux titres du moment. On trouve donc côte à côte des titres signés par l’artiste et des petites perles signées Little Milton, Roosevelt Sykes ou J.B. Lenoir.


Né à Torrence, Mississippi, en 1937, Magic Slim confectionne très jeune sa première guitare à partir d’un balai et d’une caisse de bois. Son instrument préféré est pourtant le piano ; mais il l’abandonne quand il perd le petit doigt de la main droite en travaillant dans les plantations de coton. A l’âge de 11 ans il rencontre Magic Sam qui devient son ami et l’incite à développer son propre style. Il fera mieux qu’adopter le conseil, devenant le vibrato le plus acide de toute l’histoire du blues.

Des années plus tard, en 1955, il suit Magic Sam à Chicago, et assure la basse dans la formation de ce dernier qui lui donne alors son surnom : Magic Slim. Il quittera Windy City décu quelques années plus tard pour y revenir peu après, plus rageur que jamais, et finir par y imposer son style, ouvrant pour des artistes tels que Hound Dog Taylor et s’octroyant finalement le haut de l’affiche. Il a tourné depuis sans cesse à travers le monde, et Etta James, Buddy Guy ou même Albert Collins l’ont toujours considéré comme l’un des leaders du blues électrique.

Il y a quelques années, attendu en studio par ses musiciens pour l’enregistrement d’un album, Magic Slim arrivait en retard. Très en retard. Même dans le microcosme du blues, un milieu dont la ponctualité n’est pas le trait dominant, pointer le bout du nez plusieurs heures après le moins assidu de ses accompagnateurs provoquait quelques froncements de sourcils, sans même évoquer la colère du producteur. Pas homme à se justifier, Slim se contentait alors d’expliquer qu’une envie impérieuse de s’enfermer avec son épouse (ses propres termes, mieux choisis, sont difficiles à reproduire ici) l’avait contraint à retarder son départ du domicile conjugal.

Dans un monde qui cède volontiers aux sirènes du paraître, Slim apporte la preuve d’un naturel absolu qu’il partage avec sa musique, à des années lumière de ce blues passepartout devenu la norme depuis que la mondialisation en a fait une denrée commerciale. Au milieu des années 1970, à l’heure où les spécialistes prédisaient la mort prochaine de la musique première de l’Amérique noire, Magic Slim faisait déjà partie de ces derniers des Mohicans qui refusaient de trahir leurs racines sudistes en renonçant à la musique urbaine, brut de décoffrage, qu’il portaient en eux. Les historiens vous le confirmeront, les prestations qu’il donnait chaque dimanche chez Florence’s ‹ l’un des rares îlots où continuait de se pratiquer la vérité du blues à Chicago ‹ ont contribué pour beaucoup à la survie du genre. Rien moins.

Mieux que quiconque, Slim personnifiait ces immigrants sudistes venus chercher dans le Nord un « avenir meilleur », apportant avec eux un trésor de notes bleues qu’ils mettaient en scène sans artifice dans les bars de ghetto, chaque week-end, en sortant de l’usine. Imperméable aux modes, Slim n’a pas changé depuis. Fidèle à la tradition des griots du blues qui ont longtemps écumé le Mississippi, Slim est un passeur, le porte-parole d’uneculture et d’une époque, et il a passé sa vie à s’approprier des histoires qu’il personnalise à grands coups de formules poétiques et de solos torrides. Servi par une mémoire fabuleuse qui lui permet de retenir à jamais les chansons glanées sur son parcours, en club, sur disque, ou à la radio, ce géant septuagénaire personnifie à lui seul ce que l’on connaît, d’un bout à l’autre de la planète, sous le nom de Chicago Blues. Il suffit alors de se plonger dans l’écoute de ses enregistrements pour voyager dans le temps et l’espace, histoire de humer l’atmosphère unique des tavernes de ghetto d’autrefois.

Sebastian Danchin

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