Je ne me lancerai pas ici dans une longue hagiographie à propos de Little Bob même si ce dernier mérite à juste titre de figurer parmi les figures saintes du Rock and Roll. Cela a déjà été tenté dans de nombreux articles au cours de sa longue carrière : 27 ans depuis les débuts officiels de Little Bob Story, bien plus si on remonte aux Red Devils et autres Apaches des sixties.

L’histoire de Bob fera l’objet un jour d¹une biographie exemplaire qui touchera et passionnera même ceux qui n¹auront pas encore entendu ses disques. Comme "Hellfire" aujourd¹hui qui se lit avidement et pousse le lecteur informé ou novice à jeter dans le mange-CD le premier disque de Jerry Lee Lewis qui lui tombe sous la main. Little Bob est un culte, une légende vivante pour des milliers de gens dont la trajectoire fût et reste un exemple, un modèle de droiture et d¹intégrité inaccessible à la majorité dans un monde vaincu par l’aliénation audiovisuelle et l¹égoisme triomphant.

"Libero" veut dire "Libre" en italien. C’était aussi le prénom de Mr Piazza, le père de Roberto, un anarchiste issu du Nord de l’Italie en pleine époque mussolinienne. Le père de Little Bob et sa mère furent des immigrés italiens comme ceux que l’on voit dans les films américains du meilleur cru. Libero avait quelque chose de De Niro dans "Il était une fois le Bronx" : un vrai père qui conduira sans violence ni outrage ses fils dans le droit chemin. Du genre de ceux qui pulvérisent l’association italien/mafieux pour atteindre une dignité devenue quête du Graal.

Libre. Liberté. Des mots peu usités ces jours-ci mais chers au coeur de Little Bob et qu’il a chèrement payé pour ne jamais se laisser ensevelir dans le monde étriqué du Rock Français. D’ailleurs, les premiers disques de la Story sortirent d’abord en Angleterre où Bob gagnait le respect des plus sauvages d’entre tous : Motorhead, Doctor Feelgood, Heartbreakers.

Liberté de toujours jouer sa musique en suivant sa route, laissant passer les modes comme les Vietnamiens laissent passer les envahisseurs, sans jamais être atteint par la culture du vide et l’errance superficielle, privilégiant toujours l’expression de sentiments forts, simples. Liberté pour lui de sortir son premier album studio auto-produit, financièrement et artistiquement. Sans l’aide d’un producteur anglo-saxon de renom ( il en eut de prestigieux à son actif), Little Bob devient ici l’égal des plus grands, libéré de toute contrainte , envahi par une facilité déconcertante , se laissant aller sans effets forcés à chanter comme le meilleur des "soulman", s’offrant enfin le plaisir sublime de chanter 2 titres en italien (le très émouvant "Vivere Sperare" et le bastringue "Deborah").

Liberté de donner au blues une consonance actuelle empreinte des voyages effectués dans des contrées proches ou lointaines, de re-intégrer les racines africaines dans le fleuve puissant et immortel crée par Robert Johnson dont Little Bob se fait aujourd’hui l’héritier incontournable, lui l’immigré de toujours qui donne malgré tout depuis 40 ans un visage humain et chaleureux à cette ville reconstruite et étrange qu’est Le Havre.

Liberté de survivre à tous ces souvenirs sulfureux d’émeutes à Toulouse, d’Olympia ravagée, de hordes de Hell’s en célébration de "chapters" à NYC, de punk séminal de Mont de Marsan aux pubs anglais, de ces trois chef-d’oeuvre (Livin in the Fast Lane, Ringolevio et Lost territories), des milliers de rencontres magiques, de destins croisés, de vocations suscitées, d’émotions partagées, de lucioles de gloire qui s’allument quand les lumières de la salle s’éteignent.

Little Bob est un homme libre. Sa musique le suit comme une ombre et s’affiche pareil.

Hervé DEPLASSE

Discographie
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