Sonny Landreth

Chacune de ses précédentes parutions, " Outward Bound " qui est paru en 1992 et " South of I-10 " qui est sorti en 1995 fut co-produite par Landreth en compagnie de R.S. Field, que le guitariste rencontra en 1990 lors d’une séance d’enregistrement pour John Mayall, la légende du British Blues. Ces deux disques connurent un vif succès commercial et reçurent de nombreuses louanges de la part de la critique, des titres comme " Back To Bayou Teche ", " Shootin’ For The Moon " et le désormais classique " Congo Square " permettant à Landreth de poser un pied déterminé dans le monde alors naissant des radios de format Triple A, spécialisées dans les artistes " adultes ". Les premières sessions d’enregistrement de " Levee Town " se déroulèrent à Los Angeles, en compagnie de Mike Post, un producteur d’illustrations musicales télévisées réputé.

" J’avais joué pour le mariage de Mike, et il finit par m’inviter à venir travailler à Los Angeles sur un spectacle qu’il était en train d’écrire " dit Landreth. " Puis, il y a deux étés de cela, il m’a appelé et me disant qu’il souhaitait me voir aller en studio afin d’aider cet album à voire le jour. Il fut d’une aide incroyable ".

Landreth embarqua chez lui, à Lafayette en Louisiane, les morceaux qu’il avait co-produit en compagnie de Post. Là il rajouta des guitares, puis il s’enferma au Dockside Studio dans la ville voisine de Maurice en compagnie de R.S. Field afin que ce dernier l’aide à terminer le projet.

" Cet album a constamment évolué de façon superbe, et les choses se sont parfaitement mises en place pour que Bobby puisse de nouveau collaborer avec moi " dit Landreth. " Pour moi, travailler avec ces deux personnes fut une expérience très créative, et je suis vraiment stupéfait du résultat final ".

Landreth donne véritablement la mesure musicale de l’oeuvre dès les premiers accords de " Levee Town ", l’imposante chanson-titre de l’album. Porté par un groove aguicheur, le titre de Landreth évoque le début des années 70, quand le gouvernement décida de réguler le cours par trop irrégulier et dangereux du Mississippi en ouvrant en amont de La Nouvelle-Orléans le bassin de retenue de Morganza Spillway. Après avoir déplacé autant que possible d’éléments constitutifs de la faune locale, ils ouvrirent les vannes et inondèrent le bassin d’Atchafalaya. Cet événement sans précédent eut un impact incroyable sur celui qui était alors un guitariste bourgeonnant, mais, à travers les paroles de cette chanson, on apprendra finalement que tout se termina bien puisque les ingénieurs des Ponts et Chaussées engagèrent Moïse pour superviser les travaux, sans oublier de demander à Noé de prendre soin des animaux !

Fort à propos, c’est John Hiatt qui assure les choeurs sur " Levee Town ". C’est d’ailleurs lui qui, le premier, fit découvrir au grand public Sonny Landreth. En effet, Hiatt engagea en 1988 le guitariste et son groupe, Bayou Rhythm, afin de le seconder lors de la tournée " Bring The Family ". Rebaptisés les Goners, Landreth et son groupe se fondirent littéralement dans l’univers d’Hiatt, tournant sans arrêt avec lui durant les deux années qui suivirent, enregistrant son album " Slow Turning " et préparant le terrain pour le premier disque en solo de Landreth en 1992.

Avec son message de force constante et de persévérance s’opposant à l’image des changements de courants éternels du Mississippi et de l’Atchafalaya, " This River " est une puissante prise de position de Landreth à propos de l’attachement qu’il porte à sa culture, son chez-soi et toute cette eau qui l’entoure. "

Je voulais décrire tous ces gens qui vivent au bord de la rivière et de quelle façon cela touche leur vie " dit Landreth. " Et aussi, dans un monde qui bouge et qui change constamment, je voulais voir de quelle façon le fait d’être engagé dans une relation qui se joue du temps pouvait avoir un impact là-dessus ".

Pour Landreth, toute la tradition qui a façonné sa vie et sa musique trouve son origine bien au-delà des rythmes rauques et de la bouffe épicée. Tout comme la rivière qui définit les contours de son univers de vie et qui baigne sa ville natale, des flux et reflux délicats mais puissants forment le coeur de " Love and Glory ". Une chanson douce à propos du pouvoir de la communication entre deux personnes, les yeux dans les yeux, avec le superbe concours de Jennifer Warnes qui, par l’intermédiaire de superbes choeurs, rehausse le dialogue qui s’instaure au coeur de la chanson.

Comme une sorte de train lancé à pleine vapeur et sans aucune retenue, le guitariste montre à quel point il a parfaitement intégré tout ce qu’il a appris du temps où il officiait en qualité de guitariste soliste de Clifton Chenier, la légende du Zydeco, sur son album " U.S.S. Zydecoldsmobile ". En tant que premier membre de couleur blanche du Red Hot Louisiana Band de Chenier, Landreth joua d’innombrables et interminables concerts dans des clubs, aiguisant son talent au contact de rythmes créoles et cajuns complexes. Ceci lui permis d’aborder avec une sorte d’énergie frénétique comparable à celle de ces nuits de folie son répertoire beaucoup plus rock des années 80.

On peut se faire une idée très précise des concerts littéralement incendiaires de Landreth à travers deux instrumentaux exubérants de " Levee Town " : " Spider-Gris ", un véritable festival de guitare slide dédié au conteur décrit dans " Love and Glory " et " Z-Rider ", un brûlot typiquement louisianais mettant en vedette le groupe de Landreth avec David Ranson à la basse et le batteur Michael Organ, dans une relecture sans paillettes de l’esprit mythique d’un power-trio. "

J’ai vraiment été influencé par un tas de musiques durant les années soixante, et la liste de mes guitar-heroes de l’époque s’est vraiment étendue " dit Landreth. " C’est bien ce que j’aime à propos de ce groupe. Quand l’esprit est là, on peut vraiment mettre le feu ! ".

" Soul Salvation ", un autre morceau étonnant, est l’occasion pour Landreth, en compagnie du guitariste Stephen Bruton et de sa collègue de la slide Bonnie Raitt, de flâner le long d’une chanson d’amour d’un esprit pop mâtinée d’accents swamp. Raitt apporte son inimitable texture vocale à la chanson, composée pour la mère de Landreth, comme une sorte de célébration du fait que " l’esprit de famille est de toutes les traditions qui nous entourent la plus forte et la plus durable ".

L’urgence débridée de " Turning With The Century ", la fierté régionale et le sens de sa propre identité que l’on retrouve dans " Deep South " ainsi que le fantomatique mysticisme délivré sur un rythme de valse qui traverse " Godchild " nous plongent encore plus profondément dans la rêverie unique de Landreth : là où l’eau, la terre, le verre et l’acier se fondent pour créer quelque chose de constant, au-delà des changements incessants de notre vie quotidienne. "

Avec " Levee Town ", j’ai vraiment l’impression d’avoir bouclé la boucle. D’abord, et avant tout, je suis vraiment excité par ce projet et j’ai vraiment hâte de tourner avec mon groupe et de jouer les nouvelles chansons. Et puis je me projette aussi dix ans dans le futur, où je me verrais bien en train de jouer avec John Hiatt et m’éclater encore plus que d’habitude. Et puis aussi avec Michael Doucet et Beausoleil. Ce sont de vieux amis à moi. Nous avons tous grandi en jouant de la musique ensemble, et nous avons beaucoup appris les uns des autres. Et aujourd’hui, c’est un tout cela qui se mélange et c’est précisément ce qui en fait la réussite ".

Discographie