Né Sammie Moore en 1939, à Rock Hill, Caroline du Sud, il apprit l’orgue tout jeune se concentrant sur le boogie woogie et le gospel avant d’adopter le blues et de former son Ier groupe en 59. Son nom de scène lui fut attribué à Memphis le jour où faute de pieds pour son Hammond B 3, il l’installa sur une planche à repasser. Pour la petite histoire il faut savoir qu’en 1962 Sam embaucha deux jeunes recrues fraichement libérées de l’armée : Billy Cox et Jimi Hendrix.

Sam tourna beaucoup dans le “chitlin’ circuit” (chitlin’ est une préparation “soul food” à base d’intestins de porc) une dure école, version urbaine du “juke joint”. Dans l’Amérique ségrégationniste de l’époque, les musiciens noirs étaient confinés dans des tournées réservées au seul public noir dans des lieux quelque peu improbables, parfois dangereux, où ils étaient mal payés et souvent logés sur place. Ray Charles, Aretha Franklin, Billie Holiday, John Lee Hooker, B.B. King, Otis Redding, Little Richard, Ike & Tina Turner, pour ne citer qu’eux, y firent leurs débuts.

Sam grava peu de disques (surtout des démos pour trouver du travail) mais ceux qui l’ont vu sur scène où dans l’émission TV “Night Train” (des extraits en sont visibles sur YouTube) ont le souvenir d’un irrésistible showman. Au milieu des années 70 il s’installa à la Nouvelle-Orléans, où, à la manière d’un Ernie K Doe “Empereur de l’univers”, il se fit appeler en toute humilité “huitième merveille du monde musical”. Inspiré par la grande tradition locale des musiciens de rue, il se livra à toutes sortes d’excentricités : mettre le feu à sa batterie, se faire accompagner par un jouet/singe animé tapant sur des cymbales, et, sur les trottoirs du quartier français, se produire enfermé dans un juke box spécialement conçu de 2m50 de haut où il ne jouait que lorsque les passants glissaient des pièces dans la fente !

Malgré (où à cause) de ces facéties, il tomba cependant peu à peu dans l’oubli. En 2005, l’ouragan Katrina le chassa de la cité du croissant. Il retourna dans sa bonne ville de Caroline, espérant trouver du travail dans les clubs de sa jeunesse, mais de clubs, il n’y en avait plus. Surgit alors ce bon samaritain de Tim Duffy, directeur de la Music Maker Relief Foundation pour le remettre en selle et le faire réenregistrer pour notre plus grand plaisir. Avec ce double album qui inclut aussi, en bonus, quelques uns de ses tout premiers titres, découvrez ce héros mal connu mais fascinant de la “great black american music”.

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