Jason Ringenberg

Membre fondateur du groupe Jason and The Scorchers, Ringenberg a bâti sa réputation à la dure, sortant huit disques avec les Scorchers puis un premier album de country en solo et donnant plus de concerts qui enflammèrent les foules qu’il n’est possible de s’en rappeler. Il a même été qualifié par un grand ponte de la musique de " Plus jeune légende de Nashville ". Ringenberg a quitté les plaines de l’Illinois pour s’installer dans la Cité de la Musique le 4 juillet 1981. À ce stade de sa vie, son seul héritage consistait en une éducation typiquement américaine, telle qu’illustrée par Norman Rockwell, sur la ferme familiale où l’on élevait les cochons, le long de la ligne de voie ferrée de Rock Island. Il écrivit sa toute première chanson, " Summer on the Farm ", à l’âge de cinq ans.

Attiré de manière générale par l’aspect créatif des choses, il aimait chanter et jouer dans les pièces de théâtre de l’école. Jason : " J’adorais la vie à la ferme, l’atmosphère qui y régnait, mais j’ai toujours été curieux de ce qui se trouvait au-delà de ce monde-là, de l’autre côté de l’horizon. Les autres gamins jouaient au foot et traînaient au McDonalds pendant que moi je roulais sur les petites routes en écoutant Bob Dylan et Hank Williams Sr. Aujourd’hui encore, je me rappelle le bonheur que j’éprouvais à entendre cette musique se répandre au-dessus des champs de maïs de l’Illinois ". Les expériences et les souvenirs de cette époque allaient être son inspiration et son soutien dans les moments heureux ou difficiles à venir.

En s’installant à Nashville, il voulait créer une musique " basée sur le folk, la country traditionnelle et le rockabilly, mais animée par l’énergie moderne du punk-rock ". La première vague de punk-rock anglais et américain avait réussi à atteindre l’Illinois, et depuis qu’il en avait entendu le son, il était obsédé par l’idée de combiner ces énergies apparemment incompatibles. Il rencontra très vite Jack Emerson, dont les idées étaient toutes proches des siennes, et qui devait devenir l’une des forces motrices du business de la musique dite " Americana ". (Il est à l’heure actuelle propriétaire, avec Steve Earle, du label E-Squared Records). Ensemble ils décidèrent de monter un groupe avec quelques- uns des potes d’Emerson et le baptisèrent : Jason and the Nashville Scorchers. Emerson leur décrocha des concerts en première partie de Carl Perkins et de REM (alors un jeune groupe de club). Ces concerts alimentèrent les discussions les plus folles dans le Nashville underground à propos des excentricités du nouveau venu. Deux des piliers de ce milieu underground, Jeff Johnson et Warner Hodges, approchèrent alors Jason en lui proposant de se joindre au groupe et c’est là que tout démarra. Emerson se consacra exclusivement à l’activité de manager de la formation et Hodges amena l’un de ses amis, Perry Baggs, pour occuper le tabouret de batteur. Cette année-là se termina par l’enregistrement et la sortie de RECKLESS COUNTRY SOUL. Événement décisif, leur mini-album FERVOR suivit en 1983 et eut les honneurs du N.Y. Times et du Village Voice qui le désignèrent " Disque de l’année ". Aujourd’hui encore, ce disque est considéré comme une référence pour les aficionados du country-rock. De fait, il figure à la fois dans le Guide des 100 Meilleurs Disques de Rock And Roll du magazine Rolling Stones écrit par Jimmy Guterman et dans le guide des 100 Meilleurs Disques de Country, publié par la Country Music Association. La plupart des artistes seraient ravis de figurer dans l’un de ces livres, mais de là à être présent dans les deux ! !

Le groupe traversa les années 80 en jouant sans discontinuer, se gagnant les faveurs de nombreux fans à vie avec leurs concerts apocalyptiques, véritables célébrations du country rock dans un style évoquant la rencontre de Jerry Lee Lewis et des Ramones. Leur prestation au Marquee Club de Londres en 1984 fut désignée comme étant " l’un des cinq meilleurs concerts de tous les temps " par le magazine anglais New Musical Express. En 1985, l’impact de LOST AND FOUND fut proche de celui de FERVOR, continuant par la même occasion à bâtir une solide base de fans. STILL STANDING, en 1986, leur valut même un hit rock avec " Golden Ball and Chain ". Cependant, au fil des ans, la musique du groupe s’éloigna peu à peu des influences roots apportées par Jason pour les remplacer par les paillettes et les excès du heavy rock. Début 1990, le groupe se séparait. L’année 1991 vit Jason se retrouver sans groupe ni contrat. Il décida alors de faire un disque de country style Nashville. " À l’époque, cela semblait être une bonne idée. Je n’arrivais pas à écrire et Capitol Nashville voulait me laisser tenter ma chance en tant que chanteur de country. L’expérience fut agréable, mais je n’étais pas à ma place dans le milieu de la country commerciale ". Après un album, ONE FOOT IN THE HONKY TONK, Jason quittait Capitol et acceptait de reformer The Scorchers. Le groupe réuni allait sortir deux autres albums enregistrés en studio et un CD Live en 1998. Ce qui nous conduit à ce nouveau projet, A POCKETFUL OF SOUL. Comme le dit Jason : " Les Scorchers ne se sont pas séparés, mais j’ai le sentiment que nous vivons sur l’héritage de nos anciens disques. Il est temps de passer à une approche différente. Depuis un certain temps, j’étais attiré par l’idée de faire un disque de folkabilly acoustique ". Il a passé l’année 1999 à se concentrer sur l’écriture et à renouer des liens avec les racines Americana de sa jeunesse. Quand vint le moment d’enregistrer, il choisit de rester à l’écart des maisons de disques, des studios chics et des beaux quartiers et décida de co-produire et mener à bien le projet lui-même avec l’aide de George Bradfute, grand nom du milieu underground de Nashville. Ils enregistrèrent dans le studio de George, situé dans sa maison bâtie autour de 1890, un lieu excentrique dédié à la musique et bourré d’objets de collection, où l’on risque d’avoir à pousser une Gibson année 1952 pour s’asseoir sur le canapé !

De nombreux titres furent enregistrés en une seule prise, Jason jouant de la guitare rythmique tout en chantant, tandis que George l’accompagnait avec un éventail extravagant d’instruments folks. Le résultat de leurs efforts dépasse ce que Jason lui-même espérait. " Je pensais vraiment faire un disque que je ferais écouter à ma famille et à mes amis et peut-être le confier à un label indépendant pour qu’il le sorte. À présent, l’album est sorti dans le monde entier sur mon propre label et les gens disent que c’est la meilleure chose à laquelle j’ai participé depuis longtemps. C’est merveilleux de dépasser ses propres attentes. En général, dans le monde de la musique, c’est plutôt l’inverse qui se produit ! ". Peter Cooper a écrit dans le journal THE TENNESSEAN : " Jason Ringenberg est l’interprète le plus électrisant de Nashville, mais son plus grand talent - L’écriture - est aussi le plus dramatiquement ignoré ". Ce talent est finalement mis en vedette sur A POCKETFUL OF SOUL. L’album s’ouvre sur une ode à la terre natale de Jason, " Oh Lonesome Prairie ", une chanson que Jason " avait besoin d’écrire depuis vingt ans ". La reprise de " Whispering Pine ", de Johnny Horton sonne comme si elle arrivait directement des Appalaches, grâce aux deux violons subtils et discrets de Fats Kaplin. " Under Your Command ", gospel acoustique, est un autre grand moment, avec un ton résolument moderne pour aborder le thème du salut et des difficultés rencontrées pour l’atteindre. Ringenberg chante même une chanson dédiée à sa fille, " For Addie Rose ". Entre les mains d’un auteur moins doué, une telle chanson pourrait être presque gênante, mais Ringenberg réussit à rendre l’auditeur complice du moment. " The Price Of Progress " parle d’un fermier du temps de la grande dépression qui refuse de quitter son foyer alors qu’un barrage menace de noyer sa vallée. Au milieu du disque, le titre " Last Of The Neon Cowboys " (co-signé par Kevin Welch) montre un vieux chanteur de country qui n’a vendu ni son âme ni ses disques mais y a gagné beaucoup plus que la gloire, c’est-à-dire la capacité de toujours rester en contact avec sa musique et son public. Jason Ringenberg a beaucoup en commun avec ce personnage.

Discographie