Racines rurales, rock indus urbain et transe tribale ; le nouveau blues des Cuisiniers du Diable co-réalisé par un ex Kat Onoma (Rodolphe Burger himself) est arrivé… ! Ce groupe helvète et surréaliste fait fusionner des influences post-industrielles avec le blues qu’il ramène à son énergie primitive par un côté tribal, lancinant et hypnotique, à des années lumières du son FM, de la virtuosité et des redites. Bien que toujours en dehors de la CEE, voici un groupe résolument européen sans complexe « non américain », et un album totalement bluffant… !

Les Hell’s Kitchen, c’est à dire : Bernard Monney (chant & guitare), Cédric Taillefert (percuterie - c’est le forgeron-chaudronnier du groupe) et Christophe Ryser (contrebasse) n’hésitent pas à enrichir le son de leurs instruments de base en tapant sur des conduits de ventilation, en malaxant des pâtes alimentaires et en lâchant des objets qui s’écrasent au sol. Les couvercles de poubelle, le washboard, les tambours de machine à laver font partie également de leurs instruments habituels. Le tout est généralement ponctué de coups de talon, de cris et de hululements. Sur « Dress to Dig », c’est une poële à frire, un verre à dent et une chaise de jardin qui ont été martyrisés.   Mais un quatrième individu s’est largement investi dans ce nouvel album. Il s’agit de Rodolphe Burger, ex Kat Onoma qui a réalisé (entre autres) le dernier album de Jacques Higelin, un album de James Blood Ulmer, a collaboré avec Bashung et qui s’investit souvent spontanément dans des démarches musicales à tendance expérimentales. Il est venu pendant la semaine de mixage de « Dress to Dig » et a assuré un travail de co-réalisation remarquable. D’après le groupe, « Il s’est totalement investi dans le projet durant ces 6 jours et a été exceptionnel d’inventivité et de talent ! – Il a joué le rôle de celui qui s’amuse à couper, relever, épicer, bref passer au grill, 12 morceaux livrés bruts dans leurs assiettes...”

Mais cette collaboration entre un groupe bleu et suisse déjanté et cette star underground du rock hexagonal est moins surprenante qu’elle n’en a l’air car Hell’s Kitchen apporte au blues d’outre-atlantique une contribution clairement européenne et ignore totalement le complexe fréquent des non-americains qui flirtent avec ce style musical. Le blues appartient à tout le monde aujourd’hui, comme le reggae ou la bossa nova, le judo ou le yoga. C’est normal qu’il évolue avec l’époque, les nouveaux pays qui se l’approprient et le vécu et la culture de ceux qui la jouent.   Nous sommes là loin des voix policées et des guitar heroes mais plutôt dans un monde de jeunes musiciens en laboratoire débordant d’inventivité et de vitalité. Ils ramènent le blues, qui s’égare souvent ces jours-ci dans la FM, la virtuosité et les redites, à son énergie primitive et lui redonnent un côté tribal, lancinant, hypnotique.   Leur style musical dépasse largement le cadre traditionnel du genre et des musiciens d’univers très différents se sont intéressés à eux. Outre Rodolphe Burger, Tété, par exemple, apprécie le groupe et ils ont déjà joué ensemble sur scène. Il y a eu dans l’air également un projet de collaboration avec Bashung pour travailler sur les arrangements de son ex-futur album « Bleu Pétrole ».   Pour finir, rappelons que Hell’s Kitchen a déjà sillonné l’Europe (Russie, Angleterre, Italie, Portugal…), a été invité par nombre de festivals importants (Les Eurockéennes, Paléo…) et qu’on leur a proposé deux fois le Deep Blues Festival près de Minneapolis (le top des festivals neo-trash blues américain). Il semble donc qu’ils n’ont pas fini de prêcher la bonne parole à travers le monde. Entre échos nostalgiques et fulgurance contemporaines Hell’s Kitchen va donc continuer à tracer sa voie, celle de l’innovation… !

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