Jean Chartron

« Le grand interprète, n’est-il pas celui qui module sa voix comme le potier façonne sa glaise… ? »
Jacques Queralt

Les thèmes abordés par Jean Chartron tournent autour de sa famille. C’est à ses proches qu’il s’adresse le plus souvent dans ses chansons, qu’ils soient toujours là près de lui, à l’autre bout du monde, ou bien qu’ils aient disparu, déjà.

Quand il interprète un standard, il le détourne pour en faire sa chanson à lui, il le polit comme un galet jusqu’à ce qu’il tienne parfaitement dans sa main, il lui rajoute un refrain à sa manière, il en fait sa chose, mais à travers les mots des autres c’est toujours à ceux de son clan ou de son sang qu’il s’adresse.

Jean se souvient très bien de la première musique qu’il a écouté avec son père dans les bars à Alger, où les radios ne diffusent que de la musique chaabi. Ce sera son premier blues. Comme beaucoup d’autres, la fuite de l’Algérie, l’exil dit son frère... Il attaque la guitare à 10 ans, tout seul, après avoir entendu son frère jouer "Baby, please don’t go". Il écoute en boucle deux disques sur le Teppaz familial : Big Bill Broonzy et John Lee Hooker, et joue cette musique. Mais sans professeur, sans méthode, sans copain pour lui montrer, il réinvente l’instrument à sa façon et, gaucher, joue avec une guitare de droitier avec les cordes (pour eux) en sens inverse.

De plus, c’est un guitariste sans guitare. Il s’en fait prêter par des amis et essaye de leur rendre le plus tard possible. Quand il doit s’y résoudre il en tape une à un autre camarade. C’est à 14 ans avec l’argent de ses premières vendanges qu’il va enfin pouvoir s’offrir son premier instrument. Quand, plus tard, il est en pension chez les curés et qu’on lui confisque cette guitare, il va jouer de l’harmonium dans la chapelle. Visiblement ce garçon à la musique dans le sang.

Enfin, il atterrit, tout petit jeune homme, à Perpignan chez son père. Fait l’étudiant aux Beaux-Arts, devient dessinateur publicitaire chez Havas, se marie, fait un enfant et mène une vie extrêmement normale. De temps en temps il monte sur scène mais seulement pour le plaisir, sans penser que cela peut être une profession. C’est à 35 ans, en 1988, en voyant la réponse de la salle, alors qu’il assure la première partie d’Albert Collins qu’il a un doute. Le doute se renforcera puisqu’en 1993, à 40 ans, il plaque tout et devient musicien professionnel.

Mais Jean Chartron est un drôle de professionnel. C’’est un joueur de blues nonchalant qui se contente de tourner dans un périmètre restreint et qui ne harcèle pas les maisons de disques. Ce garçon qui a, sans doute, l’un des plus beaux timbres du circuit, publie pratiquement son premier album professionnel à 54 ans avec ce « Blues Bleus ». Celui dont la voix a surpris de grands professionnels comme Robben Ford ou Ceccarelli, qui s’est offert trois rappel en première partie de Véronique Sanson paraît, paradoxalement, peu sûr d’un talent qu’il est difficile de lui contester. Tout laisse penser que l’accueil qui sera réservé à ce premier opus lui donnera envie de persévérer.

Les titres de ce « Blues blues » se partagent entre originaux et standards réappropriés, entre anglais en français, mais, toujours, le son magique de la voix de Jean Chartron tisse le lien qui relie ces 12 petites joyaux musicaux qu’il s’est enfin décidé à nous proposer aujourd’hui.

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