Nés il y a quatre ans de la rencontre en Caroline du Nord de trois jeunes noirs multi-instrumentistes, dont le plus âgé n’a pas 30 ans, Les Carolina Chocolate Drops sont en train de faire un tabac en ce moment aux Etats-Unis. Ils se sont réapproprié à leur façon le répertoire des « black string-band » des années 20 et 30 qu’ils reprennent sans complexes et avec une énergie surprenante. Leur succès est tel aux Etats-Unis qu’ils n’ont plus une seule date disponible avant 20’2. Ils ont été également signés par Warner (sur le label maison Nonesuch, pour le monde à l’exception de la France, toujours gérée par Dixiefrog) qui leur a offert comme Producer, pour leur second album, le légendaire et « Grammy awardé » Joe Henry (Solomon Burke, Ani Di Franco, Betty Lavette, Elvis Costello). Pour préciser leur portrait, disons aussi qu’ils sont apparus dans le film de Denzel Washington « The Great Debators », qu’ils viennent de tourner avec l’un de leur nouveaux fans, Taj Mahal, et qu’ils ont été le premier « Black string band » à donner un concert au Grand Ole Opry à Nashville.

Depuis un demi-siècle, à de rares exceptions près - on pense notamment à Leon Bibb, Josh White et Taj Mahal -, les Afro-Américains se sont globalement désintéressé de ce formidable gisement musical qui a pourtant contribué à la richesse culturelle du Sud à une époque où les enfants des esclaves et les « petits Blancs » vivaient côte à côte dans une même misère.

Dans le sillage de la guerre de Sécession, avant même d’engendrer le style de blues virtuose caractéristique d’artistes tels que Blind Boy Fuller, Sonny Terry et Brownie McGhee, cette région vallonnée avait vu se développer une école old-time qui devait autant à sa communauté noire qu’à sa population blanche. L’exode rural qui a chassé des dizaines de milliers d’Afro-Américains en direction des métropoles industrielles du Nord au cours de la première moitié du XXe siècle, et plus encore l’épanouissement à Nashville, dans le Tennessee tout proche, d’une industrie de country music presque exclusivement blanche, ont beaucoup contribué à faire oublier le rôle majeur joué par les pionniers noirs de cette musique métisse, habitée par des influences africaines et européennes. Bien décidés à renverser la tendance, les Carolina Chocolate Drops ont souhaité placer le banjo et le fiddle (le nom couramment donné au violon dans l’univers folk) dans un cadre musical propre à valoriser cet héritage noir.

Mais l’ambition des Drops ne se limite pas à réhabiliter ces racines oubliées. Tout en éclairant d’un jour nouveau l’histoire musicale du Vieux Sud rural, leur intention première est de partager un bon moment avec le nombre croissant des fans qui se pressent à leurs concerts. Que l’on ne s’y trompe pas : si les Drops se présentent comme les champions d’une tradition injustement oubliée, ils ne sont en rien des traditionalistes. Parallèlement aux ballades de la région des Blue Ridge Mountains, aux chants de travail et aux vieux blues qu’ils rajeunissent avec une spontanéité et une énergie rares, on découvrira ici des compositions originales qui témoignent d’un véritable sens poétique, preuve que ces défenseurs du patrimoine Afro-Américain d’hier sont également les artisans de celui de demain. Ils excellent également dans les adaptations très personnelles de standarts qu’il s’agisse ­ comme sur ce nouvel album - du « Trampled Rose » de Tom Waits ou du succès hip-hop « Hit Œem up style », originellement créé par Blu Cantrell. Le magazine Rolling Stone les décrit comme un groupe de « Dirt-floor-dance electricity » et ça leur va comme un gant !

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