Il serait à peine excessif d’affirmer que Webb Wilder a (ré)inventé le rock‘n’roll. Mais dire qu’il en conserve une formule unique, comme une alchimie secrète avec les ingrédients originaux reste très près de la réalité.

Sa musique est une célébration païenne de cette essence magique apparue voilà un bon demi-siècle dans le sud des Etats-Unis. Car Webb naquit au cœur du Mississippi, dans une famille où la musique était l’air que l’on respirait. Effluves de rythm‘n’blues montées de New Orleans, bribes de blues de la campagne, relents de country à la radio, surf music par vagues venues de l’Ouest, le jeune Webb goûte aux nourritures essentielles.

Mais dans ces années 60 un souffle d’air frais arrive d’Angleterre. Beatles, Stones, Kinks, font résonner en lui les vieux airs de blues et de country qu’il a entendu des anciens, et que ces jeunes britanniques reprennent avec une ardeur nouvelle.

Il s’intéresse ensuite, et de près, aux prouesses des Faces et de Mott The Hoople, et avec R.S. Field, son alter ego devenu le producteur et compositeur de la plus grande partie de son répertoire, il gagne Austin en 1976 pour y constituer quelques gangs séminaux (The Everready Brothers, The Drapes). On repère dans leurs rangs des garçons comme awls, croisés plus tard dans les légendaires Omar and the Howlers ou les Leroi Omar Dykes ou Rick « Casper » R Brothers. Webb inclut alors inévitablement dans son régime la musique des pionniers du pub rock comme Nick Lowe ou Dave Edmunds. Toute cette fratrie qui aborde le rock’n’roll avec érudition et une fantaisie loufoque.

Ce n’est pourtant qu’en s’installant finalement à Nashville près de 10 ans plus tard que le projet Webb Wilder arrive à terme. Là, notre homme lève un bataillon de gaillards partageant avec lui le goût de la guitare sévère et de la mélodie plaquée or : les Beatnecks. Le premier album de la bande est une bourrasque nommée « It came from Nashville ».

L’album est accueilli avec enthousiasme en France. Et Antoine de Caunes lui-même en devient totalement gaga. L’homme de Canal Plus ne jure plus que par Webb et l’invite sur tous les plateaux. On le voit à « Rapido », à « Nulle part ailleurs »... tandis que « It came from Nashville » aligne des reprises de Johnny Cash, de Hank Williams ou de Steve Earle, aux côtés des compositions de R.S. Field. Le tout avec une précision maniaque dans le jeu des deux guitares, qui renvoie aux grands duels Ronnie Lane/Ron Wood, mais aussi à AC/DC.

On reconnaîtra d’ailleurs le goût prononcé pour les riffs virils dans les deux albums suivants (« Hybrid Vigor », 1989, et « Doo Dad », 1991). Les deux tournées européennes qui accompagnent la sortie des albums rassemblent des hordes de fans foudroyés par cette présence surnaturelle. Webb Wilder est le croisement d’un prédicateur illuminé et d’un détective privé mi-Jack Palmer, mi-Buster Keaton. L’effet scénique est radical. L’équipe livre une matière incandescente, tendue, guitares tressées et pulsation vitale.

L’album suivant (« Town and country », un disque de reprises paru en 1995) voit l’arrivée de George Bradfute à la guitare, et la sortie de « Acres of suede » (1996) marque la retraite provisoire de Webb qui se consacre alors à la radio et à ses chevaux. En 2005, « About time » est le disque de son retour aux affaires et la sortie du live « It’s Live T ime » en 2007 annonce des lendemains radieux.

Discographie